19/10/2026
Mon père n’était pas passionné. Il voulait juste s’en sortir.
Thierry était poissonnier. Courageux, droit, drôle, il aimait profondément ses enfants. Dur, mais juste avec moi.
Pendant les vacances, il m’emmenait au marché de Bellevue. Je lui cassais les pieds pour avoir la chemise dragon du camelot d’en face. Sans le savoir, je l’accompagnais déjà dans ses aventures d’entrepreneur.
Puis il y a eu la boutique. Le stress, les fêtes de fin d’année. Le dimanche, je faisais les petites mains : nettoyer les chambres froides, enlever les arêtes du poisson cuit. Le lundi, son jour de repos, je l’entendais gu**ler à cause des papiers. Ce n’était pas son truc.
À l’adolescence, j’étais insolent. Il a su me poser un cadre, parfois avec ses grosses mains de poissonnier.
De lui, je tiens le travail, la résilience, la loyauté.
Il faisait ça parce que c’était ce qu’il connaissait, et il essayait d’améliorer sa condition. Je l’ai vu travailler comme préparateur de commandes la nuit et enchaîner les marchés le jour, pour se constituer une trésorerie. 22h-15h. Un artisan, un vrai.
Il est parti d’un coup, dans un accident de la route avec mon oncle. Le trou qu’ils ont laissé ne s’est jamais vraiment refermé. Je crois que mon parcours d’entrepreneur est teinté de ça : un devoir, quelque chose à lui prouver, et peut-être le garder en vie.
J’ai gardé une de ses bagues. L’autre jour, j’ai voulu la mettre : mes mains ne passent pas. Ces mains qui me faisaient si peur, les miennes sont plus grosses aujourd’hui.
Je me demande si mes filles voient en moi ce que je voyais en mon père. J’espère leur inculquer les mêmes valeurs.
👉 Chapitre 2 de « Mon histoire ». Un chapitre par semaine.