30/03/2018
Salute ou plutôt Guten Morgen!
Cet été, j'étais ravi d'accueillir Harold et Claudia Grubel, touristes amoureux de la Corse, des corses et tellement passionnés de 2cv qu'ils s'occupent d'une gazette dans leur pays. Ils m'ont visité au marché et au fournil. En cadeau de départ, ils m'offrent ce très bel article dans l'Entenschnabel (Le Bec du Canard), leur petit magazine chouchou. Comme quoi, les 2cv et le bon pain sont très aimés en terre germanique aussi. Ça nous fait déjà deux belles chose sen commun !! Encore une très belle rencontre que je ne suis pas prêt d'oublier!
Un grand merci au passage à Christine et Werner Zuber nos sympathiques voisins qui se sont chargés de la traduction ci-dessous!!!
TRADUCTION
Pain et livraison comme autrefois Boulangerie de campagne L‘Alta Spiga
Comme nous n‘avons rien à faire de particulier en ce dimanche matin, nous décidons de nous rendre au marché hebdomadaire, comme c’est la tradition en France, où l’on trouve des produits locaux de producteurs des environs.
De la route, nous repérons une Acadiane beige, garée entre des bus VW et d‘autres modèles récents de véhicules utilitaires.
En plus des produits habituels comme le fromage, la charcuterie, la confiture, le miel et différents souvenirs, nous remarquons un boulanger sympathique au large sourire, dont le pain est cuit de manière traditionnelle au feu de bois.
A la place des baguettes à pâte blanche, il y a ici des pains ronds ou allongés aux saveurs variées comme nous les connaissons en Allemagne. Nous dégustons le bon pain frais, ainsi que des délicieux petits gâteaux à la noix de coco et nous engageons déjà la conversation.
L‘achat d‘un petit pain, la dégustation de quelques petits gâteaux, un dépliant pris au passage et nous continuons à flâner.
Nous avons pris encore quelques photos de l‘Acadiane et réalisé qu‘elle appartient au boulanger du marché. En étudiant le dépliant nous lisons que le mardi et le jeudi a lieu la vente directe du pain fraîchement sorti du four. Notre programme pour le jeudi suivant est fixé. Celui qui veut monter en montagne doit bien prendre son temps.
Arrivés au village, nous sommes chaleureusement accueillis par Gilles Mahinga, qui se souvient de notre passage au marché. Il se réjouit particulièrement quand ses clients lui rendent visite à la boulangerie. Gilles sort les derniers pains du four et ensuite il a plus de temps qu‘au marché du bord de mer pour discuter un peu.
Gilles Mahinga, 38 ans, a ouvert le 8 octobre 2016 une petite boulangerie au hameau Reggetu à San-Giovanni-di-Moriani, situé à 450m d’altitude loin des routes touristiques habituelles. Il y cuit son pain au feu de bois comme autrefois.
Dans ce village isolé et abandonné, perché dans la montagne de Castagniccia en Corse, le dernier feu de bois pour cuire le pain a du s‘éteindre il y a plus de 40 ans, et il y a bien longtemps que l‘odeur du pain bio artisanal ne s’est pas répandue sur les versants de cette montagne.
Dans ce décor, où seuls quelques habitants originaires du pays vivent encore dans ces maisons trop éloignées du littoral, règne une ambiance
bucolique et sereine, où porcs, moutons et vaches pâturent en toute liberté.
Gilles, Corse aux racines congolaises, et sa femme Fiora, originaire de San Ghjuvanni, ont trois enfants.
Avant la création de la boulangerie, Gilles était chef de restaurant à Paris, ainsi qu’à Vincennes ou encore Porte de Montreuil. Il décide de changer complètement de mode de vie, afin d’échapper au stress quotidien, auquel il est soumis, tout en étant conscient qu’un nouveau départ en Corse ne se fera pas tout seul et va nécessiter beaucoup d’efforts de sa part.
Il y a des choses que l‘on ne peut pas décrire avec des mots, mais pouvoir décider de vivre et travailler à San Ghjuvanni di Moriani est certainement une grande chance.
C’est l‘idée de la boulangerie, qui lui fit prendre cette décision audacieuse. En effet, il recherchait une activité manuelle et en contact avec du public. Il désirait également profiter de sa famille tout en travaillant à proximité.
Avec un budget restreint sa première voiture fut une Clio en 1998. Avec la famille il préféra une Renault Kangoo de 5 places et un grand coffre. Pourquoi une Acadiane comme véhicule d’entreprise? Il voulait s‘acheter un minibus ou un mini van, mais malgré le moteur puissant et un prix d‘achat de 10000€, on ne roule pas plus vite sur la route sinueuse qui mène au village.
Donc en janvier 2016, il se procura une Acadiane à Manosque en Provence, de l‘année 1981, avec 96000 km, en bon état pour 1700€. La carrosserie à l’extérieure comme à l’intérieure fut repeinte, les sièges refaits, la boîte de vitesse changée. Vu qu‘il livre le pain avec son Acadiane plusieurs fois par semaine chez ses clients et dans les villages voisins, il a installé un klaxon plus puissant pour qu‘on l‘entende facilement. L‘Acadiane a plus de charme et fait la meilleure publicité pour sa boulangerie traditionnelle que n‘importe quelle autre voiture.
À présent tout le monde connait l‘aimable boulanger. Gilles apprécie la rentabilité de la voiture et le bon approvisionnement des pièces de rechange par les concessionnaires du continent et l‘espace spacieux du coffre pour ses livraisons.
Nous remarquons un accessoire original sur la porte arrière : un levier pour verrouiller doublement les portes. Nous allons demander à Gilles s‘il a rajouté cette fermeture après qu’il lui soit arrivé de perdre des pains, parce que les portes arrières n‘étaient pas fermées.
Quand on arrive ici au hameau, qu‘on descend par l‘escalier qui conduit à son fournil et que l‘on sent l‘odeur du pain fraîchement cuit, on se trouve transporté dans un autre temps. Il n‘y a pas de comptoir, par contre un fournil équipé de tous les appareils et moyens du bon vieux temps. Des allers et venues des clients, on se connait, on bavarde ensemble et on échange. La boulangerie sert de bar ou de café, c'est un lieu de rencontre pour les habitants des environs.
La semaine suivante nous sommes repassés chez lui, resté deux heures au lieu de la demi-heure prévue -une vie agréable ici dans la Castagniccia même si on doit aussi travailler pour vivre...
Des ingrédients bio frais, une bonne odeur, une tenue en conservation, une haute valeur nutritive et saine, des céréales d‘agriculture biologique avec réduction de déchets et respect de relation entre nature et homme, sont les critères pour l‘orientation de sa petite entreprise. Pains de campagne, avec ou sans gluten, baguettes et pains aux saveurs variées avec des olives par ex. (notre préféré), figues et noix etc., de plus il y a sur commande biscuits et gâteaux secs avec amandes, noix de coco, noisettes, raisins secs et chocolat. Pour lancer sa nouvelle entreprise, Gilles compte sur une communication personnelle, le reste est assuré par la bonne qualité et la longue conservation des produits. En effet,
nous mangeons cinq jours plus t**d le reste des pains, du bon pain comme celui de notre boulangerie à la maison. Les gâteaux secs au chocolat et noix de coco étaient tellement bons qu‘ils n‘ont pas tenu plus d‘un jour...
Gilles distribue ses produits en vente directe, par livraison en Acadiane, au marché hebdomadaire et sur la côte dans plusieurs magasins bio des environs.
Le train sert non seulement à transporter des touristes mais aussi ses pains, direction Calvi et Ile Rousse.
Dans l‘entrée du fournil sont accrochés des sacs étiquetés qui seront remplis de pain et qui seront déposés à la porte d‘entrée des clients absents de chez eux dans la journée. Au-dessus des sacs, un tableau pour les informations et une photo de mariés dans une 2cv rouge: clients et voisins du prochain village.