15/04/2025
Au printemps 1834, Prosper Mérimée est nommé Inspecteur Général des Monuments Historiques, une institution, créée en 1813, qui dépendait du Ministère de la Culture et qui était chargée à ses débuts de visiter et veiller sur le patrimoine français, en particulier sur les monuments historiques.
Voilà donc l’ami Prosper qui sillonne l’Hexagone afin de recenser les pépites de notre histoire. Une tâche ardue dans laquelle il est nécessaire d’être objectif et impartial. C’est parfois compliqué et c’est ainsi que notre brillant Inspecteur Général avait fait une grossière erreur lors d’une visite dans le Puy-de-Dôme. Il avait affirmé : « Je recommande le château de Murol à tous les amateurs de paysage, mais ce n'est point là qu'il faut aller étudier l'architecture militaire du moyen-âge ».
Belle journée à toutes et à tous, ce matin nous irons donc dans la petite commune de Murol, au sud du Parc naturel régional des Volcans d'Auvergne, où se dresse à mille mètres d’altitude une forteresse médiévale en pierre volcanique au milieu d’un magnifique paysage.
Mais en dehors du paysage, qui avait tapé dans l’œil de notre Inspecteur Général, cette forteresse, dotée d’une double enceinte concentrique, possède une incontestable valeur défensive et, contrairement à l’affirmation de Prosper Mérimée, c’est un exemple parfait des constructions militaires du début du premier millénaire.
Aller, tout le monde peut se tromper et l’on en voudra pas à Prosper.
On estime que la Forteresse de Murol commença a être édifiée aux environs de l’an 1220 de notre ère, sous le règne de Philippe II Auguste, 1180-1223. Malheureusement, il n’y a aucun document sur son histoire avant le XIIIème siècle.
La Forteresse de Murol a un aspect très particulier, elle ressemble à une énorme cheminée. Elle est construite en pierre de lave sur un promontoire basaltique à près de mille mètres d'altitude. Extérieurement, elle n’a rien des édifices guerriers médiévaux tels que nous les connaissons mais c’est pourtant un exemple extraordinaire d'adaptation d'une forteresse ancienne à l'usage des armes à feu au XVIème siècle.
La Forteresse fut longtemps habitée et elle a subi de nombreuses modifications. Elle témoigne de l'évolution des modes de vie nobles sur près de trois cent ans.
L’histoire de ce que l’on nomme le château de Murol est étroitement liée avec celles de deux des plus puissantes familles nobles d’Auvergne, les d’Apchon et les d’Estaing.
Un château primitif fut édifié au Xème siècle par les comtes d’Apchon sur la base d’un castrum carolingien surveillant l’intersection stratégique de trois voies de communication reliant Besse, Clermont-Ferrand et Saint-Nectaire.
À partir de 1015, la branche cadette de la maison d’Apchon occupe les lieux et crée son propre lignage en prenant le nom de Murol.
Le château actuel commence à prendre forme au milieu du XIIème siècle, complété par les importantes campagnes d’édification de Guillaume II de Murol entre 1390 et 1440. La forteresse commence dès lors à acquérir une réputation de place-forte inexpugnable, aussi bien par l’ingéniosité de ses défenses que par leur inévitable effet dissuasif.
Du XIIIème au XIVème siècle, les seigneurs de Murol jouissent d’une importante situation en Auvergne mais ils n’échappent pas à la crise qui secoue la France : La guerre de Cent Ans et les épidémies.
Le Château de Murol n’a jamais été pris par les Anglais, mais les raids de routiers et les ravages de la peste provoquent l’abandon de nombreux villages alentours.
La famille d’Estaing prend possession des lieux en 1455 lorsque Jehanne de Murol, unique héritière, est mariée à Gaspard d’Estaing. Leur fils, François Ier d’Estaing, finit d’adapter la forteresse médiévale aux exigences de l’artillerie en édifiant un vaste glacis défensif.
Le château est épargné par la politique de désarmement entrepris par Richelieu en 1635 grâce à la faveur de la famille d’Estaing auprès de Louis XIII, puis par la Révolution française. Mais la forteresse, perd toute fonction militaire ou résidentielle et elle tombe en désuétude. Elle devient tour à tour prison, repaire de brigands ou lieu d’inspiration artistique pour peintres et écrivains.
Ruiné par un défaut d’entretien de la part de ses derniers propriétaires, le logis Renaissance est par ailleurs largement sujet aux récupérations de la part des habitants des communes alentours.
Cependant, en 1889, la Forteresse est quand même classée par l’architecte Émile Boeswillwald, qui avait succèdé à Prosper Mérimée en 1860. Ce classement met fin au pillage du site
L’année suivante, le Château de Murol devient propriété du département du Puy-de-Dôme à la suite d’un don de la famille Chabrol.
Depuis 1950, le château est propriété de la commune de Murol.
(Référence textes : murolchateau - Edition des Riches Heures)
Les ruines du Château de Murol sont classées aux Monuments Historiques par la liste de 1889.
(Château de Murol – Murol – Puy-de-Dôme – Auvergne-Rhône-Alpes)
©Marc Lemahieu Photographe.
Tous Droits Réservés - Reproduction interdite
historiques