30/09/2026
Chères clientes, chers clients, chers amis.
La nouvelle est tombée le 8 septembre 2026 : le Château d’Eau a dû fermer ses portes.
Beaucoup d’entre vous ont lu dans la presse que les travaux demandés après les mises en demeure n’avaient pas été réalisés. Je souhaite vous donner quelques explications, non pas pour polémiquer, mais parce que je tiens à ce que vous compreniez ce qui nous a conduits à cette fermeture administrative provisoire.
Après le drame de Crans-Montana, les contrôles de sécurité ont été renforcés dans de nombreux établissements accueillant du public, notamment ceux qui présentent une configuration particulière. Le Château d’Eau a été contrôlé une première fois durant l'hiver dernier. Plusieurs remarques ont alors été faites.
Nous n’avons pas attendu pour agir. Dès réception du rapport, nous avons répondu aux demandes et réalisé de nombreuses mises en conformité. Beaucoup de points ont été réglés au cours des mois qui ont suivi.
Mais certaines demandes concernaient l’évacuation du public et l’accès des secours, avec notamment la création d’une sortie extérieure. Et c’est là que les choses sont devenues beaucoup plus compliquées.
Le Château d’Eau n’est pas un bâtiment comme les autres. Nous en étions occupants, en vertu d’une convention d’occupation du domaine public, et nous ne pouvions évidemment pas engager seuls des travaux qui touchent directement à la structure du bâtiment et qui sont à la charge de la Communauté de communes du Pays d’Iroise. En effet, celui-ci appartient à la Communauté de communes du Pays d’Iroise, à la suite du transfert de compétence avec la commune de Ploudalmézeau. Ces aménagements nécessitaient donc l’intervention du propriétaire et de plusieurs autres acteurs.
Sur le plan juridique, les choses sont claires. Une collectivité qui autorise l’exploitation d’un restaurant dans un ouvrage dont elle est propriétaire doit mettre à disposition un bien permettant d’exercer réellement cette activité, et elle doit agir avec loyauté avant comme pendant l’exécution du contrat : c’est ce que le Conseil d’État exige des personnes publiques (CE, Assemblée, 28 décembre 2009, Commune de Béziers). La convention d’occupation du domaine public du 28 juin 2019 met à la charge de la Communauté de communes les travaux de l’article 606 du Code civil, c’est-à-dire les grosses réparations qui touchent à la structure, ainsi que notamment les investissements afférents au remplacement des équipements techniques liés au bâtiment et qui sont sa propriété. Or, une sortie de secours extérieure sur un château d’eau est un travail de structure.
Des études et des devis auraient été envisagés pour étudier la faisabilité de ces travaux. Nous n’avons pas eu accès à ces documents, mais les montants évoqués étaient très importants, plus d’un million d’euros.
Nous en avons demandé communication de tout le dossier, comme le permettent les articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l’administration. Un courriel de la Communauté de communes du 4 février 2026 indiquait d’ailleurs que l’étude de faisabilité relative aux dégagements serait engagée par elle.
Notre métier ne consiste pas seulement à disposer d’un emplacement : il suppose un établissement adapté, avec une cuisine, des équipements, des espaces d’accueil, des réseaux et des conditions de sécurité permettant de recevoir la clientèle et de faire travailler les équipes.
Je veux simplement que les choses soient claires : nous n’avons jamais refusé de nous mettre en conformité. Nous avons fait ce qui dépendait de nous, nous avons répondu aux demandes et nous avons cherché des solutions jusqu’au bout pour sauver l’activité, les emplois de ce lieu auquel nous étions profondément attachés, toute la population est très attachée à cet endroit magnifique qui est un patrimoine qui mérite d’être préservé et de rester accessible au public.
Cette affaire ne s’arrête pas à la fermeture présentée officiellement comme temporaire aux termes de l’arrêté même s’il a été reporté par la presse que le château d’eau était définitivement fermé. Un occupant du domaine public peut constituer un fonds de commerce dès lors qu’une clientèle propre est attachée à son exploitation, et la valeur de ce fonds constitue un élément de préjudice indemnisable en cas de rupture de la convention. Les investissements, les emplois et la clientèle constituée ont une valeur. Notre avocate a adressé, le 28/09/2026 à la Communauté de communes une mise en demeure notamment afin de connaître la date de réalisation des travaux que la Communauté de communes doit réaliser, la date envisageable de réouverture de notre crêperie et la date d’indemnisation de nos préjudices. Si nous n’obtenons pas de réponse favorable dans le délai fixé, nous serons obligés de nous rendre devant les Tribunaux afin que la Communauté de communes respecte ses engagements contractuels car elle ne peut pas user d’un pouvoir exorbitant en permanence.
Les diverses déclarations publiques faites depuis le 25 août dernier seront versées au débat. Nous restons ouverts à une solution amiable et attendons une réponse.
Au-delà de ces explications, je voudrais surtout remercier celles et ceux qui ont fait vivre le Château d’Eau jusque-là.
Merci à nos clients. Nous avons vu passer tant d’histoires entre ces murs : des adolescents ou petits-enfants venus manger avec leurs grands-parents, des premiers rendez-vous devenus des mariages, des EVG, puis des repas en familles. Des petites tables du quotidien, comme de grandes tablées réunissant parfois quatre générations. Pour beaucoup d’entre vous, venir au Château d’Eau était devenu un rituel, un souvenir de famille. Vos sourires et votre fidélité ont donné du sens à notre travail.
Merci à tous les salariés et anciens salariés qui ont participé à cette aventure. Notre équipe a accueilli et toujours fait de son mieux, toujours avec le sourire pour la plus grande satisfaction de nos clients pour contribuer à faire de cet endroit un lieu vivant et convivial. Tous les compliments que nous avons reçus lui reviennent largement.
Merci aussi à nos fournisseurs, producteurs, partenaires et collaborateurs. Rien de tout cela n’aurait été possible sans vous.
Je veux avoir un mot tout particulier pour ma mère. Je lui dois énormément. Elle a aimé son métier, elle a aimé faire ses crêpes et elle les a faites avec le cœur pendant toutes ces années.
Merci également à ma conjointe, qui m’a soutenu tout au long de cette année terrible. Tu as vu mes doutes, mes colères, mes moments de découragement. Tu as parfois été démunie, mais tu es restée là. Je ne te remercierai jamais assez pour ta présence et ton soutien.
J’ai donné plusieurs années de ma vie au Château d’Eau. J’y ai mis toute mon énergie, ma passion et ma conscience professionnelle. Je voulais aussi être un patron investi auprès de mes salariés, les faire grandir et leur transmettre le goût du travail bien fait en équipe et en famille.
Cette aventure a été et doit rester avant tout une aventure humaine. Certains clients sont devenus des amis. Certains salariés sont devenus des proches. C’est cela que je garde à l’esprit.
La fin certes temporaire est brutale, douloureuse et difficile à accepter. Elle touche les salariés, les familles, les clients, les fournisseurs et toute la vie économique et touristique du secteur et de toute la population en général.
J’ai aussi une pensée pour Alphonse Arzel et Marguerite Lamour à l’initiative du projet du château d’eau en 1978. Le Château d’Eau faisait partie du paysage et de l’histoire de Ploudalmézeau. Le voir s’éteindre, pour un temps que maîtrise la Communauté de communes, me peine profondément.
Merci à tous pour cette saison, pour votre fidélité et vos messages de soutien dans lesquels vous nous faites part de la nostalgie des souvenirs que vous garderez et que vous nous laisserez.
Bien Amicalement
Benoît Lozac’h