12/30/2022
Les Gourmands disent ferment, longue vie aux Gourmands disent.
Trois décennies, en quelques (500 ish) mots. C'est long, mais je devais le faire.
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Saint-Jean-sur-Richelieu, 30 décembre 2022
Il y a toujours quelque chose de surréel qui survient lorsqu’une institution ferme ses portes. Ce n’est pas un lieu qui n’existera plus, mais une époque qui se termine. Ça se sent dans l’air, comme l’odeur des viennoiseries à peine sorties du four.
Les gens, d’abord choqués ou incrédules, s’y précipitent. Le souffle court, parfois la larme à l’œil, tous souhaitent qu’on leur dise qu’ils ont mal compris; une telle chose ne saurait être possible. 𝑆𝑎𝑦 𝐼𝑡 𝐴𝑖𝑛’𝑡 𝑆𝑜, mais pas celle de Weezer, une autre.
Puis, lorsqu’on leur confirme l’inévitable, certains se résignent, mais jurent qu’ils reviendront tous les jours, même après la fermeture!
D’autres promettent de trouver une façon de ret**der la fin et plusieurs libèrent finalement les larmes qu’ils retenaient depuis l’annonce fatidique. Certains demandent même de partir avec quelque chose; une table, une chaise, l’horloge ou bien une tasse qui leur était chère. Tant d’objets auxquels on s’accroche en souvenir d'une aventure qui s’achève.
Les hommages et les cadeaux affluent, tributs d’une reconnaissance et de sentiments qu’on ne saurait exprimer autrement. Finalement, alors que les derniers jours passent, tous comprennent qu’il ne reste plus qu’à dire aurevoir.
Fermeture adviendra, point tu ne t’opposeras (Yoda, 𝑝𝑟𝑜𝑏𝑎𝑏𝑙𝑦)
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Cette institution c’était – c'est – chez moi.
Je n’ai pas de souvenirs qui n’incluent pas 𝐿𝑒𝑠 𝐺𝑜𝑢𝑟𝑚𝑎𝑛𝑑𝑠 𝑑𝑖𝑠𝑒𝑛𝑡. La première naissait sous Le National alors que j’avais à peine 3 ans.
J’ai grandi sur les comptoirs de la cuisine du 149 Richelieu, les mains dans les bacs de farine et un morceau de gâteau entre les dents. Pour mes frères et moi, la 𝑃𝑎̂𝑡𝑖𝑠𝑠𝑒𝑟𝑖𝑒 n’aura été rien de moins que l’extension de notre salle à manger et de notre salon. Vous étiez « chez nous », chez vous.
C’est à la 𝑃𝑎̂𝑡𝑖𝑠𝑠𝑒𝑟𝑖𝑒 que j’ai fait mes classes de plongeur, vendeur et serveur. Du haut de mes 10 ans (exploitation ou expérience de vie, à vous de juger) j’ai découvert l’envers du décor et mes premiers « gros mots » - la cuisine, c’est un univers particulier. Ce fut ma première 𝑗𝑜𝑏, mais aussi mon premier terrain de jeu : les échecs sur les carreaux, la 𝑡𝑎𝑔 entre les tables et le bo**el dans la cave.
Plus t**d, j’y ai développé ma passion pour les grandes discussions et les petites conneries. J’y ai cuvé des ℎ𝑎𝑛𝑔𝑜𝑣𝑒𝑟 mémorables et engloutis une quantité innombrables de repas dont la prémisse était une entrée en cuisine suivi d’un « M’man, j’ai faim ». J’y ai aussi côtoyé mes parents en tant que Jean-Luc et Brigitte et ça, ça n’a pas de prix.
Je suis devenu l’homme que je suis en fréquentant tous les gens qui s’y sont présentés ses 28 dernières années, surtout ceux et celles qui ont fait de la grande table, 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑡𝑎𝑏𝑙𝑒. Ce fut un privilège de vous recevoir et de vous vivre, un croissant à la fois.
On me disait récemment que je suis né sous une bonne étoile. Peut-être que oui, peut-être aussi que c’est du grand n’importe quoi. Par contre, je sais que j’ai 𝑔𝑟𝑎𝑛𝑑𝑖 au bon endroit; dans une 𝑃𝑎̂𝑡𝑖𝑠𝑠𝑒𝑟𝑖𝑒 pleine de vie, de ses hauts et ses bas, d’amour et de gens, étranges ou pas.
Sur ce, allez vous servir. Vous savez où est le café.
Il est 4h, on est fermé.
- 𝐿𝑒 𝑓𝑖𝑙𝑠 𝑎̀ 𝐽𝑒𝑎𝑛-𝐿𝑢𝑐 𝑒𝑡 𝐵𝑟𝑖𝑔𝑖𝑡𝑡𝑒, 𝑑𝑒𝑠 𝐺𝑜𝑢𝑟𝑚𝑎𝑛𝑑𝑠 𝑑𝑖𝑠𝑒𝑛𝑡.
PS. Un grand merci à Alice et Jean Martin qui, en mots et en photos – incroyables d’ailleurs – ont su capturer l’essence de ce qu’était et de qui était, Les Gourmands disent.
Éditorial: https://www.jmartin-photo.com/post/les-gourmands-disent-au-revoir?fbclid=IwAR1vEnOFN2i9z0O4RU3WmKjwrEM71Gx_hYBvvi9p8-fhVWSeto1SGVzpjdE
Photos: https://www.jmartin-photo.com/les-gourmands-disent
C’est le 31 décembre 2022 que la pâtisserie Les Gourmands Disent ferme définitivement ses portes après 28 ans d’opération. Cet éditorial est réalisé par Alice Martin, étudiante au BAC en journalisme à l’Université Concordia et Jean Martin, photographe professionnel. Dans mes souveni...